Voyage d’étude – Japon 2018

La proximité vibrante et exotique des réacteurs se teinte  d’une non moins vibrante jubilation avant les moments qui nous attendent et vers lesquels nous fonçons à 800 km à l’heure. Que n’endurerions nous pas et jusqu’à quel point, pour retrouver et goûter les densités liquides du métro aux heures de pointe.
Cela étant : Le Yazuchi à Shiga, calfeutré dans ses rizières désormais sèches et cela jusqu’au printemps prochain, se dressa devant nos arcs.

Juste derrière, la montagne remplie de ses rouges d’automne semblait nous regarder, souriant généreusement et indulgemment devant nos élans maladroits. Elle s’y connaît dans les lois de la nature.
Nous sommes venus jusque là pour affuter particulièrement ces règles que l’arc a su mettre en pratique et nous offrir. Que notre gratitude soit sans oubli.
Peut être aussi, d’autres choses nous ont fait bougé et qui restent dissimulées sous nos peaux carapaces s’évertuant plus à paraître qu’à être.
Nul n’y échappe sauf parfois lors de cet instant magique où l’arc pleinement étiré, la lumière du non désir cherche à se frayer un passage. L’archer est beau à cet instant même dans ses maladresses et ses perversités.
Notre hôte veilla sur notre bras tendu,  notre poitrine dégagé,  nos pieds et jambes posés, nos hanches alignées.
Et dans la simplicité d’une étude studieuse et sans compromis, les  premières fondations de base furent privilégiées. Pour aller plus loin il faudra qu’elles soient nôtre et cela pour toujours. Sans cela point de salut.
Ainsi ces quelques jours passèrent du Dojo au Dojo, avec quelques moments autour d’une table riante, dans les eaux chaudes ou sur les coussins d’introspection.
À bientôt et Merci.

Bernard

visite chez un facteur de gant du Kyushu


Flamboiement des érables, explosion des ginkos , c'est le koyo, les couleurs de l'automne. A Shiga des montagnes rouges et or qui inclinent à la contemplation.
Shiga, un dojo clair et propice à l'étude. Une pratique sérieuse, intense, pleine de joie. Faire et refaire le geste le mieux possible en écoutant les conseils...
Au petit matin une assise qui remplit d'énergie.
À Kyoto, sur le chemin de Kurama, un instant magique. Dans la nuit, les lanternes illuminent les érables rouges, une atmosphère irréelle et d'une beauté éclaboussante.
Merci pour ces instants.

Françoise

visite chez un facteur d'Arc de Kyoto

La relation
À peine posé le pied sur le sol du Japon que l'ambiance est subtilement différente. La propreté bien sûr saute aux yeux, mais plus discrètement c'est la relation entre les gens, plus affûtée et à la fois plus douce, qui me marque. On se sent vite pataud à bousculer ou se faire bousculer alors que tout semble si fluide en regardant les flots qui déambulent naturellement dans les couloirs du métro. 
Échanges impromptus de petits cadeaux, tapis au fond du sac et prêts à sortir au gré d'une occasion, d'une rencontre inattendue.

Papotage doux et incompréhensibles au sento, un pépé ravi d'échanger quelques mots avec un visage nouveau.
Étonnement admiratif de chacun devant le flamboiement particulier d'une branche d'érable, peuple admirablement relié à la Nature.
Et puis la relation profonde, qui s'installe et se crée , se renforce au fil des ans , tout en étant constamment remise en question . Celle qui se nourrit de notre Attention, de notre disponibilité, de notre amour. C'est la relation aux proches, aux amis, au Senseï .

Magnifiques découvertes du voyage. Un grand merci.

Frédéric

VOYAGER et le PLAISIR d’OFFRIR

Par notre pratique nous fréquentons régulièrement le Japon.
Celui-ci de la même manière que la France n’échappe pas à la folie du monde moderne. De toute part la nature se tord devant nos cortèges d’aliénations.
Ici où là-bas les cœurs se rétrécissent, les intuitions s’amenuisent, les envies de profit grandissent, le goût des arts disparait peu à peu.
Nous pratiquons aussi pour avoir la force de nous préserver de cela.
Notre circuit dans ce pays nous conduit dans une bulle bien précieuse. Nous côtoyons une élite de coeur. Nous ne manquons pourtant pas de  traverser cette contrée et de sentir  à quel point le sol de ces grandes îles du levant porte en lui toute une saveur qui fait défaut à nos régions.
Ici, nous en avons d’autres mais, le nez coincé, nous oublions à jamais le génie de notre terre.
Un modèle imposé prend place à notre insu.
Au sein de notre époque, les mélanges s’amorcent dans les douleurs et les atrocités. Le brassage semble dessiner l’avenir.
Alors, ne pourrions- nous pas  attraper cette opportunité de vivre cette petite épopée de 15 jours, influencés par ces valeurs d’attentions, de pudeurs, d’humilité, de gentillesse que l’on ne manque pas de savourer pendant le voyage.
Oui il nous est proposé des rencontres hors du commun, depuis la petite coupe de saké servie avec grande amabilité, aux trois pointes rouges de l’admirable feuille d’érable qu’on nous invite à apprécier. 
Alors on regarde cela comme une imprégnation que nous ne manquerons pas dès que  possible d’exprimer.
Rencontre hors du commun dans l’atelier désordonné et attachant où se mêlent arcs, bambous, cordelettes, outils, dans des odeurs de bois, de paille et de colle, cela, avec un très léger parfum d’encens
Il est aussi une rencontre que l’on fait partout : c’est la tonicité bienveillante. Et celle–ci fait vraiment défaut, même dans nos Dojos gagnés par une inertie à toute épreuve. Souvent le professeur s’épuise à insuffler les élans indispensables à une pratique saine. Travail qui incombe plutôt à la motivation des pratiquants.
Ces mini-rencontres pourraient un peu plus nous façonner, allumer et dilater nos pupilles.
Nous pourrions alors  redistribuer presque à notre insu,  bien plus que par nos récits, dans cet élan à l’autre, dans les gratitudes enfin osées et affirmées.
On revient un peu transformé, plus ouvert. Quelle merveilleuse invitation à ceux qui n’ont pas encore osés faire ce pas.

Bernard

Le koyo nous a suivi...Castelbiague

"Voyage au Japon, sur le chemin de l’arc.
Des hôtes généreux, une nature généreuse, une météo complaisante.
Le dojo devient le monde, les kihons sont nos guides.
Attention de l’enseignant, directives; voilà que les gestes redeviennent nouveaux, découverte des kihons, prises de conscience.
Pratique en groupe, on voit l’arc s’ouvrir, un lâcher, cent lâchers, un chemin, mille couleurs.
On ne cherche pas, on ne trouve rien; quelques pas sur le chemin de l’arc.
Merci, merci."
Thierry