Voyage au Japon 2019

Frédéric, Yoran,

Vous voilà donc au pied de l’avion, au bord de l’eau dans le golfe de Tokyo, les pieds dans les boues collantes des rizières, devant les cibles du Kyudojo à l’ombre bienveillante de Dominique.
Aussi au ras du coussin et rempli de vigilance et d’allant. On en tombe si facilement.
Vous voilà donc dans cette métropole gigantesque où vous ne manquerez pas d’en appréhender la masse animale.
Vous voilà donc dans ces douces montagnes de Shiga où les aspérités de la terre se dissimulent sous son manteau de verdure dense et impénétrable.


Vous ne manquerez pas d’en gouter tous les dédales invisibles.
Déchargez-vous autant qu’il vous sera possible de vous remplir.
Goûtez ce privilège, celui de pouvoir goûter et d’aimer.
Merci à vous de ce choix de voyage pour le bien du groupe.

Bernard

Du levant au couchant

Voler vers le soleil levant, dans un oiseau de fer qui brûle le temps.
Voyage au pays du yumi, de la terre qui tremble et du riz. Archipel lointain, exotisme suranné.
Rencontrer l'arc sur sa terre d'origine, humer l'air des bambous qui s’inclinent.
Facteur de flèches dans la capitale bouillonnante, atelier exigu, joyeux désordre, plumes et fûts s'accouplent délicatement pour que flèches volent.


Kyoto, temples, boutiques et allées rectilignes, derrière une porte anonyme, des dizaines d'arcs s'alignent, rangée de cordes tendues, le poitrine de l'archer vibre devant ces trésors ardus, comme un violoniste devant ses archets, un peintre dans une forêt ou un poète face à sa muse nue.
Énergie débordante de l'artisan, digne respect et jauge d'une relation qui se crée.
Plongée dans les secrets du yumi, où le bambou s'assemble au Hazé, magie des lignes, le droit se courbe et les courbes épousent le cercle.


La pratique de l'arc au pays du yumi m'invite à plonger plus profondément mes pieds dans l'humus qui les a vus naître. Les bois de l'arc retrouvent le climat et les pluies qui ont nourri leurs branches, les flèches volent joyeusement, mémoire du bois, bruissement de la brise dans ses jeunes pousses vertes.
Je salue humblement cette terre, qui a nourri les maîtres de mon maître, matrice d'un art où chaque geste tend vers le sacré. Les cordes résonnent d'un son particulier dans ma poitrine, mes épaules s'étirent lentement sous le regard bienveillant et sans compromis du disciple de nos maîtres.

Courage et persévérance polissent le tir, vertige devant le chemin à parcourir, retour au présent, instants de tir intenses et déjà disparus, joie du labeur où la force naît de la douceur et du relâchement.

Peur des serpents dans les rizières, rencontre d'une martre rousse dans un arbre, araignées, tritons, libellules et rapaces, vie foisonnante dans cette nature exubérante des films de Miyazaki.


Complicité joyeuse avec mon compagnon de tir et de route, merci à lui pour sa patience, sa bonne humeur, ses connaissances sur le pays et pour l'air de « mon voisin Totoro » ! qui résonne encore dans ma tête.

Gratitudes pour l'enseignement, l'accueil dans les rizières, la qualité d'une cuisine variée, inventive et généreuse.

Gratitude pour mon professeur, sans qui ce chemin merveilleux n'existerait pas pour moi.

Retour vers le soleil couchant, le cœur un peu plus léger, connecté, vibrant.

Yoran

Un peu de responsabilité cette année pour ce voyage à deux, fiers d’avoir la confiance de notre professeur pour mener à bien cette petite aventure.
Une immense gratitude envers lui, pour nous permettre d’approfondir année après année cette relation au berceau du yumi, de ressentir la douceur et l’intensité de ce pays.
Quelle chance de rencontrer ces artisans passionnés, dévoués à leur art : Le facteur de flèche de Tokyo que nous côtoyons depuis nos débuts et qui perpétue de père en fils cet art délicat d’accorder plumes et bambous.
Le facteur d’arc de Kyoto, nouvelle connaissance pour nous, fougueux, puissant et impliqué, nous permettant de rentrer un peu dans le monde secret de la fabrication des arcs ; nous faisant visiter son atelier et riche de conseils sur les soins à apporter à ces nouveaux compagnons.


Et puis l’étude. Un grand merci à notre hôte de nous accueillir dans son dojo posé dans la montagne au milieu des rizières. 5 jours intenses et profonds ! Quelques points d’étude soigneusement choisis et aucune concession !


Nous poussant, nous tirant sans relâche pour nous permettre d’avancer un peu plus dans notre engagement envers les kihons, la pratique. Et merci à son épouse pour nous avoir reçu comme en famille, choyés comme des rois.


Enfin le partage. Faire découvrir la profondeur des trésors d’un tel voyage fût un régal. Une belle complicité entre ma petite expérience des années passées et  la réactivité, l’enthousiasme et le sens de l’orientation  de mon compagnon de route.


Une pluie généreuse fit briller les trottoirs et les toits de Kyoto, nous lavant de toute la fatigue du voyage. Visite paisible du palais d’argent, milles gouttelettes allumant les aiguilles de pins, petit crabe dans la mousse, douceur de ce cœur japonais, juste avant le retour.


Une pensée pour le senseï que malheureusement nous n’avons pu rencontrer cette année pour des raisons de santé : tous nos vœux de rétablissement.

Frederic

Le japon nous a rendu Frédéric et Yoran.
Grace à eux un air de tonicité comme un arc dans sa complétude entièrement étiré, va remplir nos Dojos. 
Mais pas seulement !
Ils se sont chargés du matériel qui nous est cher et qui grâce à lui permet notre pratique.
Mais pas seulement !
Ils ont consacré 2 semaines à étudier l’arc sous la direction de Dominique. Toute cette énergie ne manquera pas de s’écouler dans le groupe des sédentaires. Merci pour eux.
Mais pas seulement !
Ils ont contribué à faire ce lien indispensable avec le Japon et Dominique héritier de l’enseignement de Susuki Sensei.
Merci à Lui, au Maitre et au Maitre du Maitre.
Oui les voyages touristiques réservés aux nantis sont désormais un immense facteur de pollutions. Pollutions de la nature mais aussi pollutions de l’âme du voyageur et encore plus, destructeur de l’âme du pays visité. Tout cela a été dit et redit et pourtant…
Leur voyage si désagréable soit il pour notre planète fut un grand plus pour leur conscience inséparable de celle de la Terre.

Bernard