Apathique

Inertie.
Toutes et tous dans un ralliement convivial, un « banzaï » sucré rempli de
bulles, un refuge protégé par les apparences et les habitudes, la petite
assemblée devient un ordinaire apathique, contrastant avec une pratique
trop exigeante.
Dans ces moments agréables pour tous ou presque, j’occupe malgré moi le
centre et je tente de rassembler par des histoires dépaysantes et marrantes,
tout en observant ce que mes mots peuvent occasionner dans cette petite
assemblée, quelque peu exotique pour moi. Je m’abstiens de plus en plus
de mes mots sévères habituels, lesquels la plus part du temps glissent sur
une dureté ordinaire, apathique et résignée.
Nos rituels de gratitude qui jalonnent les moments d’études ont disparues,
les cœurs bedonnants dorment déjà ou se mettent en veille.
Sur la place aux rumeurs dissimulées, la table en a vu d’autres et parfois
s'esclaffe tendrement mais toujours hospitalière. Les bons mots et les
photos accrochés au mur, s’effacent pudiquement et retournent dans leur
papier.
Qu’on se le dise….!
                                                          bernard

Lettre de rentrée

J’étais très heureux, samedi de retrouver le Dojo et ses habitants. Je constatais agréablement votre joie à vous renouer ensemble autour de la pratique.
Très vite dans la séance, un thème s’imposait : le « MOI JE »

Depuis plusieurs mois que la douleur m’habite, j’en ai fait une étude afin qu’elle ne soit pas au centre de ma vie et que le « Yumi no michi » éclaire mes souffrances physique. Mon inaction forcée fut aussi une douleur émotionnelle intense et j’ai tenté en m’appuyant sur cette émotion, avec plus ou moins de réussite à réaliser un plein de compassion pour le personnel hospitalier qui gravitait autour de moi, aussi pour ma compagne Marette qui ne désarma pas à me soutenir. Les visites remplies de tendresse que je recevais de votre part fut aussi de grands secours.
Ainsi mes douleurs furent un outil pour approcher un « qui suis je ?»

Mais revenons au thème dont je parlais plus haut.

Vous savez pour l’avoir entendu de nombreuses fois que c’est en se soumettant à l’arc et à ses lois que la flèche peut jaillir avec joie et énergie et rencontrer le centre de la cible. La Beauté , la Vérité et la Sincérité tel est l’art de l’arc.
La pratique nous invite à quitter ce « moi je » qui est la cause essentielle de notre souffrance. Bien sur cette entité trop fixée sur elle même vous dira le contraire, c’est donc là, que la pratique par un regard intérieur nous amène peu à peu à cette introspection qui ouvre….…les yeux, le regard intérieur. (Conscient/subconscient/inconscient)
Car le « moi je » ne sait faire qu’une chose : souffrir !
Pratiquer c’est se rendre compte de ces états, afin de ne point s’y identifier.
Comme à l’Aïkido par lequel on découvre peu à peu qu’il y a une autre solution que d’attaquer ou de de se défendre,.
Au Kyudo, on peut découvrir une autre possibilité que celle de :
tirer sur la corde / viser / attendre de toucher / être déçu ou être infatué…

La saison estivale par un phénomène de groupe favorise ce « moi je »
Je constate à chaque rentrée les sensibilités handicapées.
Alors chacun chacune peut faire ce choix d’aller au delà par sa pratique et construire peu à peu une humanité dont notre monde a grand besoin.

                                                                              bernard Yusen

Sotise

Toucher la cible demeure encore pour la plupart des pratiquants comme un fait rare, entrainant des brins de vanité, forts néfastes à une âme qui se cherche.
Le novice applique alors les enseignements ( Kihon ) en observant continuellement en lui, sur le plan conscient, subconscient et inconscient…
On nomme cela la pratique et son but est seulement la pratique.
Peu à peu la flèche va trouver le chemin de la cible entre une fois sur deux voir 3 fois sur 4 dans les « bons » jours.
S’arrêter là, sera à coup sûr une impasse et le «  brin de vanité » semé lors des débuts deviendra une pompe à sottises, remplie d’illusions et d’orgueil.
Alors :

Avec Respect et Gratitude, le novice applique les enseignements
( Kihon ) en observant continuellement ce qu’il se passe en lui,
sur le plan conscient, subconscient et inconscient…

                                                                                                                                                                  bernard

Avant et après, reflet de l’Instant

Avant 

Quand on arrive, pénètre, se prépare…… on est rempli de cette attention pour être un peu différent, pour vivre autrement, pour se revoir avec nouveauté.
C’est un peu comme pour goutter un bon vin dégusté déjà de nombreuses fois.
L’attention première est dans l’observation de sa robe et la trace sur le verre de cristal puis c’est le parfum de ses arômes et le temps respectueux à le maintenir en bouche, à en garder la saveur par un silence partagé avec toute la préciosité ressentie …..et qui va éclairer peut être, ce que l’on aura à dire ou à taire.

On serait rempli de cette attention au passage de la porte comme pour exprimer sa joie silencieuse d’arriver.

Nous avons laissé dernière nous, habitudes, famille et travail dans une légère attention respectueuse parce qu’ils nous ont permis cette embardée sauvage que représente quelques jours de pratique.
Dans nos habitudes, famille, travail on s’est doucement préparé, par une anxiété riche de feu qui couve. On s’est souvenu avec intelligence du chemin qu’il faudra parcourir et celui déjà modestement entamé.
Ainsi quelque peu allégé des bagages d’un passé despotique, on s’avance et on s’avance encore. Le dos ne pèse plus mais pousse vers l’avant.

« l’Après »
Le corps rempli de la belle et bienvenue fatigue, l’estomac cherche de nouvelles forces habituelles et charmantes. Déjà dans des bulles festives, le gosier lieu de parole, va se perdre. Les mots oubliant leur ventre, s’élèvent dans l’oubli de l’espace porteur. Soudain les voix changent de ton, les corps les plus exposés se durcissent. L’hôte tout à préserver l’immense fragilité du lieu et la sienne si cassable, se glisse et laisse place au groupe dans sa joie d’après pratique.

 L’œuvre si précaire, tellement périssable, autorise les dérives insignifiantes et décalées…  

C’est ainsi tout est bien….

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            yusen

Ardeur

Il n’y a pas un instant dans le temps qui jalonne notre pratique où l’on
s’observe, se compare, s’évalue et cela dans le grand dédale des
consignes. On dissimule ses soupirs, on se plaint en sourdine.
Impassible, on jubile au petit trou dans le papier.
On s’écarte du vrai progrès.

Il nous fut dit :
« Ne pense pas à faire des progrès » ou une autre fois « comment fairedes progrès ».
Enseignement exprimé d’une fermeté toute féminine comme aimait le
faire nos professeurs, dans leur âge mûr de toute une vie de pratique.

Souvent sous nos contrées, ce qui ne sonne pas fort ni argumenté,
s’efface sans être respecté.
Mystérieuse information, j’en conviens. Toute paradoxale, elle demande
une certaine réflexion.
On pourrait approfondir, se poser des questions, « agir des
méninges ». La plupart du temps le pratiquant démissionne et oublie la
suggestion dans une attitude confortable de l’isolement et de
l’indépendance. Il y reviendra peut être 10 ou 15 ans plus tard, s’il a la
chance de s’en souvenir ou la bonne fortune que le professeur veuille
bien le redire. Peut être à ce moment là n’était-il pas prêt tout
simplement à entendre cela.
Ainsi la mémoire s’affirme en atout.
Pourtant l’évolution, ne s’exprime pas toujours en terme
d’augmentation de nos succès.
Nous pourrions respecter nos échecs, trésors bien trop négligés.
L’émotion qui s’en dégage s’inscrit trop souvent en tragédie et elle
demeure longtemps comme une plaie virulente et poisseuse alors que
le revers, le déboire sert de moteur pour nous impliquer, nous aventurer
plus.

Point linéaire se déroule notre cheminement, ni la poursuite d’une
plus-value, d’un accroissement de nos scores, ou de résultats déjà
trop infectés, laissons cela aux idéologies de l’économie
consommatrice des gains à perpétuité. De toute façon, le temps rempli
de son impermanence se chargera bien de chambouler nos
programmations de stratégie du progrès. Merci à lui!

Depuis déjà trop longtemps, la terre souffre de cette idéologie trop
ancrée en nous. On pratique justement pour s’en détacher afin que
notre espace puisse se consacrer à sa mission primordiale. Nombreux
sont ceux qui refuseront cela, trop conditionnés, rigides et attachés
seulement à l’exotisme de l’étude.
Le glorieux va se situer dans l’ ardeur de la répétition, dans cette joie
vivante à trébucher, à se relever vaillant, hardi et intrépide.
Oui il nous faut pratiquer la voie, celle qui a bien voulu s’installer sur
notre chemin de vie. Et dans une grande attention, la regarder avec
gratitude de s’être mis en travers de ce chemin commun, stéréotypé et
sans issue.
Vous pourriez peut être dire un jour comme je le dis pour moi même :
« Elle m’a sauvé ! »

Cette piste, ce passage, naquit d’une passion instinctive. Nos maitres,
l’ont débroussaillée, explorée, réalisée parfois et nous l’offre
maintenant.

Remplie d’un cœur immense, centre spacieux des créativités aimantes
et d’une humanité réelle, visible et invisible, prenons la route, suivons
son sillage et fructifions-le en pratiquant encore et encore.
Elle se nomme, Vigilance, Engagement, Respect, Mémoire….
Ces qualités, fondement de la voie, imprègnent nos gestes. Le
processus se déroule construisant en nous peu à peu cet espace libre,
créatif et bientôt joyeux.

« L’échec est le fondement de la réussite »
                                                      Lao Tseu

La vigilance
Elle se répand autour de nous du dedans vers le pourtour en
traversant notre peau. Si le regard y contribue, il s’érige comme une
entrave, car celui-ci stagne les yeux morts, trop dépendants d’un
mental la plupart du temps rempli d’illusions et de croyances.
La vigilance, se construit par une avancée du dos que nous
emploierons au fil du temps à élargir. ( H i b i k i ) Ainsi de cette
sensation, l’intuition grandira.
Un pas, disions nous, un bel appui rempli de politesse et de
gentillesse. Le pied se déroule et si il n’est point encore ami de la terre,
sa plante en complice recevra cette nourriture que le sol dispense à
tous sans restriction. « la Plante » quel joli mot …. Un écho.…

Alors, la vigilance apparait, pointe, grandit, se manifeste par un regard
intérieur qui jaillit d’un silence instruit de lui-même, une ouverture libre
des apparences.

« La chute n’est pas un échec, l’échec
c’est de rester là où l’on est tombé »
                                             Socrate

L’engagement
Quelle belle audace, si tenace, se lever tous les matins comme un
soleil entreprenant et pouvoir sortir d’un confort agréable mais si
périlleux. Armé de courage, on dépose les choses trop bien éduquées,
prudentes et flatteuses.
Les grands artistes diffusent leur engagement dans leur œuvre qui
nous tirent dans le monde nourrissant de l’ imagination.
Ainsi nous nous frottons dans les mouvements de la pratique en nous
jetant dans ses règles et en améliorant leur vécu.
Sans jamais abdiquer il se teinte de tendresse avec l’âge tel un élixir de
jeunesse.

« Les échecs, c’est La pierre de touche de l’intelligence »
                                                                                  Goethe

Le respect
Dans le grand monde des Vertus, le respect possède une place
immense et privilégiée.
Noble dame, une Reine-Mère imprègne l’étude.
Sans Elle, sur un terrain tout plat, sans engagement, sans
dévouement, rien nous ne pousse vers des hauteurs insoupçonnées.
D’innombrables petites attentions s’ écoulent. Un mélange de
vigilance…de mémoire…de promptitude, de gratitude bondissante et
chaleureuse, où l’on se sent protecteur, innocemment protecteur,
désintéressé et aimant. Le respect prévoit, anticipe, jamais dans une
forme ni un apparat.
Le grand respect, l’immense respect deviendra cette présence à
chaque chose et chaque instant de nous même dans une révérence à
l’invisible, un hommage à l’insignifiant, toujours du coté de l’amour.
La capacité imaginative de se mettre à la place de quelqu’un et même
de pouvoir s’y glisser pudiquement comme un rai de lumière à la
tombée du jour. Cela devient une manière de vivre.

« Je ne perds jamais, soit je gagne soit j’apprends »
                                                           Nelson Mandela

La mémoire
Nous savons tous qu’avec l’âge, la mémoire décline. Notre monde
moderne abrite de plus en plus ces altérations du mental où les
empreintes s’effacent dans un désert de solitude.
Cultiver sa mémoire en appliquant encore et encore toutes les
instructions par une attention extrêmement pointue, sincère et surtout
sans y rajouter son analyse ou sa traduction

« Le succès c’est d’aller d’échecs en échecs sans perdre son
enthousiasme »

Humanité
Et quand la vieillesse s’abat inexorablement sur notre corps, nous
continuons à baigner dans la danse choisie.
Alors, dégageons sur notre entourage tout le flamboiement attentionné
d’une vie passionnée.

Que ta valse exaltée ne serve à rien
Que tes prières bercent les étoiles endormies
Que les grains d’or de ton chapelet
Fondent sous tes doigts ardents
Bouge emporté par l’admirable rêve éclos
Tourne comme un soleil, jamais levant, jamais couchant
Remplis toi, sans gloire aucune
Appelle et ne garde rien

                                                        Ourse Papillon