imprévu
L’inattendu
Appeler est un art de vivre prédestiné.
Il existe à l’instant de notre naissance et probablement avant. On s’offre à l’appel du grand Haut.
Gambader à quatre pattes ou glisser, ramper, l’appel est à l’œuvre. Dans un bain de tendresse,
on se lève, ça titube, on s’élance, on tend. Le grand vide imprégné, nous attire, l’alarme divine élève, met debout et nous dresse.
Cela tiendra notre corps vers le haut jusqu’à ce qu’on soit appelé ailleurs.
OUI rempli de cet apostrophe invisible et inaudible, on chavire, on hésite, trébuche, on se perd et le vertige n’est point dans l’abime, mais vers l’acmé.
Chaque matin les oiseaux appellent le jour et l’astre débordant des crêtes invite les ombres. Dans le vaste bazar sacré de la grande nature, tout est convié et prié à se joindre à la majestueuse danse où tout se réunit. On n’y échappe pas.
Les rencontres sont chargées d’appels. Ardeurs faites de chaleurs et de feu, les élans en vagues colorées nourrissent les circonstances et les coïncidences de l’aventure. Les rendez vous se déclarent et s’éclairent.
Enivrés nous sommes, car soulevés et épris de hasard et d’imprévus.
Le prédestiné est une ouverture sans possibilité d’occulter, sans défense, sans blâme.
Alors une pulsation flexible et ondoyante, vibre, c’est l’ aile déployée dans chaque chose, dans chaque être et cela invente l’inattendu.
Pourtant tout autour, ça ploie, ça recule. L’élan se perd en conjonctures calculées.
Je contemple les dérobades, les dérives et ma tristesse s’enflamme, mes révoltes fermentent, mes attentes se convertissent.
De ma chair ainsi meurtrie, je vois, je surprends l’imbroglio des branches gonflées de la force printanière. La partie haute des arbres, immobile, danse pourtant. L’appel est éclatant , incontestable et si authentique.. Je contemple ce pèle mêle des riens si fragiles et si beaux. J’écoute l’immense vie quand le ciel se glisse et tient dans ses bras invisibles chaque branches, chaque brin, chaque ramure.
Alors je plonge dans l’embrouillamini de mes pauvretés de cœur. Mon ventre me fais sentir que là, tout peut aussi briller, et bien que je n’y vois aucune lueur, je me dis que probablement il me faut améliorer ma manière de regarder tout en donnant toute mon humble considération pour cette bedaine qui chuchote bien plus qu’elle ne hurle comme le fait si facilement l’état major encéphalique.
Je vais appeler mon regard, celui qui scrute l’insaisissable, l’inobservable, l’ indicible.
Je vais appeler la montagne, je vais implorer l’eau, supplier le feu et me jeter dans le temps. Je vais être épris d' appeler et savourer ce que je suis tout en l’ignorant.
yusen