LE FUBOKAN DE FRANCE

Catégorie : Le mot du jour

Les printemps

Le silence hivernal d’un petit matin calme et glacial, s’ébroue. Dans la pénombre du jour qui s’élève, les fines branches accrochées encore à la nuit, se remplissent, réservées. Hardie et déterminée pourtant, une intention, une faculté, une fantaisie embaume les alentours.
La présence pousse et va bientôt guider le mois vert à sortir ses feuilles printanières. Ça germe, ça frétille sous l’écorce. Les bois se teintent d’une épaisseur imperceptible et gaillarde. Mars, dieu de la jeunesse gonfle, resplendit son dedans, affute son hallebarde céleste. La terre vibre, un dedans gronde lointain venant de nulle part. Une renaissance encore pudique se dissimule avant d’éclore et prendre son élan. Le printemps nait caché.
Un avant d’avant tellurique, mystère sombre des profondeurs guide entre le ciel et la terre, là où le souffle chante les fécondités.
Ce troisième mois est aussi papillon. Mars Apatura, messager de l’azur qui de ses ailes poudrées, apporte la nouvelle. Du centre de la terre aux étendues infinies du grand haut, la masse printanière embrasse l’hiver d’un baiser ardent. L’étreinte est faite de tonnerre, de bourrasque, de tribulations giboulantes dans des ciels renversés.
Tout là-bas dans la hauteur des arbres, les entrecroisements hivernaux des ramures jouent leurs dernières farandoles. La danse des bois au ras de l’épaisseur des nues, se repait du grand vide et le risque est joyeux. Seul l’air y siffle le silence. Bientôt des milliers de petites feuilles coquines, comme une mer verte et tendre, onduleront. Sous l’abri du ciel, des oiseaux fréquentent là quelques entités divines. Elles s’aventureront plus bas seulement dans la pénombre de la nuit.
Les invisibles caracolent. ils sont la moelle des inattendus et engendrent aussi la nouvelle saison, participant au grand Tout.
Le mystère des changements de la saison ne peut s’aborder qu’avec un instinct épris d’une disposition sensuelle. Le fervent-brûlant se jette en conquête par le vent intérieur du ventre. Une brise roulante s’en échappe, un sortilège telle une vague remplie d’écume blanche. Elle enveloppe tous les mondes visibles et invisibles.

Puis vient la marée verte. Parsemée de fleurs blanches, elle s’impose vaillante, exubérante. Les pluies encore froides égaient, réjouissent la masse des teintes tendres, si délicates mais tellement intrépides. Une audace se propage et pétrit le vide entre les troncs ruisselants.
L’ invisible enflamme ma peau, trépigne ma chair, éclaire mon regard.
Sur les hauteurs, la couverture neigeuse de la dernière nuit, se dissimule sous une brume épaisse. Effrontée, la toute nouvelle naissance se désaltère, tète l’onde blanche des crêtes. Le printemps gravit les pentes jusqu’aux pointes rocheuses en tâtonnements aveugles.
Tout là-bas, l’ours sortant de sa tanière, hume et s’avance.

yusen

imprévu

L’inattendu

Appeler est un art de vivre prédestiné.
Il existe à l’instant de notre naissance et probablement avant. On s’offre à l’appel du grand Haut.
Gambader à quatre pattes ou glisser, ramper, l’appel est à l’œuvre. Dans un bain de tendresse,
on se lève, ça titube, on s’élance, on tend. Le grand vide imprégné, nous attire, l’alarme divine élève, met debout et nous dresse.
Cela tiendra notre corps vers le haut jusqu’à ce qu’on soit appelé ailleurs.
OUI rempli de cet apostrophe invisible et inaudible, on chavire, on hésite, trébuche, on se perd et le vertige n’est point dans l’abime, mais vers l’acmé.
Chaque matin les oiseaux appellent le jour et l’astre débordant des crêtes invite les ombres. Dans le vaste bazar sacré de la grande nature, tout est convié et prié à se joindre à la majestueuse danse où tout se réunit. On n’y échappe pas.

Les rencontres sont chargées d’appels. Ardeurs faites de chaleurs et de feu, les élans en vagues colorées nourrissent les circonstances et les coïncidences de l’aventure. Les rendez vous se déclarent et s’éclairent.
Enivrés nous sommes, car soulevés et épris de hasard et d’imprévus.
Le prédestiné est une ouverture sans possibilité d’occulter, sans défense, sans blâme.
Alors une pulsation flexible et ondoyante, vibre, c’est l’ aile déployée dans chaque chose, dans chaque être et cela invente l’inattendu.
Pourtant tout autour, ça ploie, ça recule. L’élan se perd en conjonctures calculées.
Je contemple les dérobades, les dérives et ma tristesse s’enflamme, mes révoltes fermentent, mes attentes se convertissent.
De ma chair ainsi meurtrie, je vois, je surprends l’imbroglio des branches gonflées de la force printanière. La partie haute des arbres, immobile, danse pourtant. L’appel est éclatant , incontestable et si authentique.. Je contemple ce pèle mêle des riens si fragiles et si beaux. J’écoute l’immense vie quand le ciel se glisse et tient dans ses bras invisibles chaque branches, chaque brin, chaque ramure.
Alors je plonge dans l’embrouillamini de mes pauvretés de cœur. Mon ventre me fais sentir que là, tout peut aussi briller, et bien que je n’y vois aucune lueur, je me dis que probablement il me faut améliorer ma manière de regarder tout en donnant toute mon humble considération pour cette bedaine qui chuchote bien plus qu’elle ne hurle comme le fait si facilement l’état major encéphalique.

Je vais appeler mon regard, celui qui scrute l’insaisissable, l’inobservable, l’ indicible.
Je vais appeler la montagne, je vais implorer l’eau, supplier le feu et me jeter dans le temps. Je vais être épris d' appeler et savourer ce que je suis tout en l’ignorant.

                                        yusen

Retour de stage

L’ ambiance flotte encore autour de nous. Laissons la oeuvrer !
Pendant 4 jours,  de belles histoires aux couleurs variées et  de  contes pour enfants désemparés, nous ont enveloppés. 
Oui, ce fut un bain pénétrant, parfois d’un doigt délicatement posé ou un léger vent lâché,  tout a contribué au mystère de la pratique. 
Oui, ce fut un mélange d’essences, d’ effluves de réussites ou d’échecs, d’interrogations, de doutes, de révoltes et  de colère qui  se sont propagées telle une bibliothèque en sorte, un bouquet d’arômes, d’essences guérissantes,  de poisons  au goût délicieux et d’antidotes trop amères. 
Le coffre fort largement rempli d’ émotions était à ouvrir. 
C’est la richesse de  vie d’un « monte en l’air » audacieux et coquin, par la  joie de chercher et de ne point trouver. 
C’est accepter de s’en revenir bredouille, car là réside le rassemblement des morceaux du miroir, éparpillés  au confins de nous même.
Cherche et ne trouve point car il n’y a rien  mais cherche encore car là réside l’allégresse. 

                          yusen

Par la grande présence, l’espace au dessus des arcs pétille.
La multitude des yeux semble en berne alors que les déplacements raclent les planches.
L’arc éclaire la route dans l’immense chemin de fleur et de bravoure. Alors que cette lumière invisible resplendit, le projecteur des exclusivités autolâtre prend toute la place.
Pourtant se tenir là sur ce vaisseau, source de feu sacré, est une faveur, une fortune un hasard bienveillant placé sur notre route menacée et incertaine.
La chance s’étire au delà de nos naissances et de nos trépas. Elle ajuste notre présent pour convertir notre avenir tant programmé d’inquiétudes et de chagrins. Elle dispose de notre passé pour en finir avec ces pénitences, boulets de détresse et de tourments.
Alors la flèche s’élance sur la ligne et détient là, un pouvoir par l’instant pur
de toute convoitise.

Que l’on soit tordu, penché ou blessé, juste que notre coeur soit innocent comme l’est sa nature.
Que l’on soit libre ou captif, attaché ou condamné, juste que notre coeur soit bon comme l’est sa nature.
Que l’on soit fortuné ou démuni, triste ou joyeux, juste que notre coeur soit ouvert comme l’est sa nature.
Que l’on soit chanceux ou malencontreux, juste que notre coeur soit aimant comme l’est sa nature.

                                            yusen

Chance

Qu’est ce que la chance ?
Question que je posais jadis à mon professeur : Maître Sasaki.
Sa réponse jaillit « la chance, c’est de l’énergie ! »
Voilà une réponse qui me satisfit grandement, ayant justement choisi ce domaine dans mes pratiques. Je cultiverai donc mon énergie, la faisant grandir sur les traces de mes professeurs. Je m’efforcerai de garder le cap et je ne me soucierai plus de cette question.
Je laisserai faire le processus avec confiance.

Un autre professeur, maître Hikitsuchi, disserta un jour pendant un entrainement, de la chance. Il nous parla avec conviction et énergie de cette fortune que nous avons, celle d’être homme ou femme dans cette vie qui nous est offerte. Il nous invita à l’honorer , à améliorer nos sensibilités, notre pratique, afin de découvrir la mission qui nous est promise, car telle est la voie de l’Aiki. L’engagement qu’il déployait dans ses paroles, dans son corps résonnent encore en moi et je revois toujours avec émotion, son visage, ses yeux, ses mains… Il s’étendit longuement sur le fait que nous répondions à cette destinée éclairée auquel un animal ne pourrait jamais accéder.

Bien des années ont passé et observant mes entourages dans notre monde un peu cabossé, il m’arrive de voir cette noble dame flottant au hasard sans pouvoir se poser là ou là. Elle est une brume lumineuse et invisible, légèrement bleutée selon les circonstances. Elle se remplit de teintes qui ont indéniablement un effet que je ne peux appréhender.
Je vais pourtant vous en parler sans trop m’immiscer dans ce monde délicat et pudique. Je donnerai quelques pistes qui imprègnent nos études et d’où se dégage la divine Chance.
Ce qui nous vient de nos ancêtres, Père et Mère, possède son cortège de faveurs et de peines. Une, qui semble indéniable, c’est la Vie qui nous fut accordée.
Maître Hikitsuchi le souligna longuement et nous invita avec force à la saisir sans tarder.
La Chance est une étoile, une humeur, une aubaine qu’il me semble judicieux à déceler quand elle vient vous côtoyer. Il m’arrive de me désoler dans une immense tristesse quand je la vois filer ailleurs sans être accueillie par le ou la choisie.
Elle n’est point un monde matérialiste ni raisonné. La chance est douée d’une raison qui nous échappe et c’est heureusement bien ainsi.
Mais je peux au fil de mes observations deviner quelques éléments qui semblent concorder avec cet heureux évènement. Nous ne parlerons que de cela car ce bel auspice englobe un vaste monde invisible.
Ce dont je voudrais soulever l’importance, c’est ce que nous allons faire ici et maintenant dans cette vie et réaliser cette occasion unique de faire sien les outils de réussite qui nous sont offerts.
Poser l’attention sur notre corps, nos pensées, nos émotions, notre entourage et voir comment la Chance peut y trouver sa place.
Ne pourrions-nous pas y pénétrer, nous y engager plus et plus pour le bien de cette dame majestueuse. Elle nous le rendra car telle est sa mission.
Ne pourrions pas en faire un chemin de vie ?
Les points proposés sont indéniablement des lieux de possibilités, de fortune et en les célébrant, un sentiment de réussite pointe. Notre avenir programmé souffre de ce manque.
Car toucher la cible reste tellement illusoire autant que bouger dans la forme et l’apparence laissant de côté nos sensibilités qui piaillent. Alors s’amoncellent les obstacles et le trésor reste inaccessible. Notre corps est un réceptacle à la chance, il est un filon à la bonne fortune.
Alors quelle aubaine de déceler ces points, de les conforter, d’en découvrir les subtilités et leur pouvoir de confiance, d’élan. Puis peu à peu, pénétrer dans leur capacité divine présente depuis toujours.
Vouloir gagner est un désastre, minimiser est un fléau, le compromis est une débâcle, car l’emporter c’est plutôt accéder à soi même, capter c’est conquérir l’être.
Je peux assister régulièrement à de nombreuses faillites. Vouloir vaincre est un fléau, spectacle dans lequel le monde se complait et on s’ aligne ainsi sans déceler que dame Chance s’écarte de notre vie.

Alors je redouble d’efforts devant les ruinent qui s’empilent et s’entassent.
J’ose demander de l’aide devant les regards hagards.
Quand la chance visite, le visage s’éclaircit, les lèvres se relâchent, la sensibilité s’affine, les rides s’estompent, n’est-ce point là une victoire éblouissante. Quand la chance nous visite, on se sent étoilé et les gratitudes à l’orée de notre peau pétillent.
Et si la chance nous quitte, car c’est une grande voyageuse, elle a tant à faire, son passage reste ancré en nous. Une vigilante présence dans nos hanches, nos poitrines à l’écoute, nos yeux… ah nos yeux…. et ainsi nos capacités peuvent se mettre au service de notre entourage pour éclairer les circonstances ardentes qui passent.
Alors, on peut découvrir que la chance ne peut nous quitter quelques soient les conjonctures, car la vie est de nature chanceuse et incertaine, à nous de reconnaître cet état avec les moyens que nos pratiques nous donnent.

                                                                             yusen

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