Voyage d’étude – Japon 2017

entrée du restaurant de tofu au Ryoan-ji à Kyoto
  • Je me souviens de ce premier voyage avec quelques pratiquants en 1983. Il fut une graine qui a germé donnant de beaux fruits qui me nourrissent encore. Depuis, de nombreuses expéditions ont rempli la pratique du Kyudojo. Chacune de ces épopées eut sa couleur . Depuis celle dans le Dojo à Shimoigusa où certains rencontraient le vieux maitre O Uchi, puis celles dans le Dojo sur le toit et aussi toutes ces sessions avec les étudiants dans les montagnes japonaises. Là, toute la magnificence de l’enseignement de Susuki Sensei nous a rempli.
    le bâtiment du vieux dojo à shimoigusa, Tokyo en 1985
    Autant ces voyages précédents je les souhaitais forts, studieux, voir sévères, autant celui-ci je l’espérait heureux. Avec cette fois-ci beaucoup d’appréhension liée à ma santé, à mon tir, je conduisais ce groupe en tentant de laisser derrière ces handicapes. Je retrouvais ce pays qui m’est cher et l’abordant comme une première fois en me laissant remplir tout au long du voyage de son feu purificateur et de son eau vivifiante. J’ai goutté la vigilance brulante de ce peuple, des arbres, de la terre, de la mer. J’ai goutté à l’écoulement frais de la foule grouillante et aux émanations humides d’une nature dense comme l’enchevêtrement de ses maisons ou de ses buildings.

le riz vient d'être suspendu pour sécher
battage du riz à la montagne
petite pause dans la récolte du riz- la fine équipe
tout le monde met la main à la pâte

Le séjour dans le bel antre de notre ami fut fort et riche. Depuis le inekari, puis le battage, l’assise journalière aux aurores et bien sûr la pratique du Yumi guidée par le maître des lieux. Elle fut douce, relaxante, tenue, souriante. Chacun a pu faire un pas vers lui même en direction de sa propre couleur, tel n’est-il pas le plus intéressant des vécus de la pratique de l’Arc ? Voilà un beau cadeau qui nous a été fait. Le reconnaître serait le meilleur des remerciements.

matin brumeux dans la montagne
le kyudojo, niché dans la montagne, trône au milieu des rizières.
les pratiquants de France accompagnant Bernard lors de ce voyage

Au retour dans le Dojo, on pourrait apprécier ce moment déjà passé et aborder sa pratique avec une foi fraiche et généreuse qui servira à tous les pratiquants. Ainsi peu à peu « l’abordage » s’il en est, pourrait à jamais disparaître afin que l’arc soit au centre de notre vie, l’éclairant pour le bonheur de tous.
A l’année prochaine !
                                                Bernard

  • L’Arc au centre, tel un mât dressé , totem incontournable de notre voyage.
    Takyubin, taxis… ?  pas question ! L’Arc reste sur nos épaules , habite nos chambres ou garde l’entrée de nos hôtels. Partout il nous accompagne, nous guide et nous protège.

 

atelier boutique de sugiyamasan à Tokyo
arcs en ventes à la boutique de sugiyamasan à Tokyo-japon
photos de l'atelier de sugiyamasan à Tokyo

Chez le senseï, l’Arc est chez lui. Les formes anciennes maintenant disparues côtoient les arcs plus récents. Certains sont laqués, entourés de fil de soie, tous ont une signature, une histoire, presque un secret. La fatigue du senseï s’envole quand il nous en parle, nous les montre, toute une vie au service de l’Arc s’illumine dans cette multitude magnifique, trésor discret, en passe d’être oublié.

Dojo clair et lumineux de la montagne, qui s’élève et règne sur ses rizières ; l’Arc se met à vivre  sous nos efforts maladroits guidés par les conseils vigilants du maitre des lieux. 5 jours magnifiques et studieux de pratique.

 

Enfin, rencontre surprise, au cœur du cœur de l’Arc, énergie bouillonnante, gestes précis du facteur d’arc, bruit du maillet, en quelques mouvements, les courbes apparaissent , élégantes, tendues, laissant deviner les forces futures qui nous feront vibrer .

étape de fabrication d'un arc dans les ateliers du yumishi ( facteur d'arc) de Kyoto, lors de notre voyage au Japon.

Tout un voyage autour de l’Arc, un grand merci pour ces opportunités exceptionnelles de rencontres avec de belles personnes, et avec nous même.
Arc gratitude.        
                                   Frédéric

 

  • RETOUR DU JAPON 8 octobre 2017 

Retour d’un nouveau voyage au Japon. Une certaine familiarité s’y installe. Pas cette familiarité confortable qui endort et ôte toute surprise et tout émerveillement. Non, cette familiarité paisible et attentive qui accompagne, qui éveille, qui surprend, (qui ravive), qui permet de reconnaître ce que l’on regarde. Les choses y sont caressées, doucement et respectueusement effleurées, ou prises en pleine figure. 

La politesse accueillante
Le mouvement fluide de la foule
Les racines humides d’une rizière
La rigueur d’un dojo
La puissance d’un temple
La précision d’un jardin
L’énergie d’un facteur d’arc

Les rugissements d’un dragon dans les nuées 

vision de dragon dessinée par Michel lors de notre voyage au japon 2017

Le cœur des choses demeure mystérieux, inatteignable, mais présent. Il ne se découvre pas en écartant les pétales, une à une, de manière analytique. Il se découvre - avec tâtonnements et maladresses - en tournant autour, en l’enveloppant, en le caressant tendrement, sans chercher à l’atteindre pour ne pas le blesser. 

lanterne et profondeur noire entre les arbres , Michel au Japon.

Il n’est pas qu’au centre de l’arbre, il est dans le fond noir derrière les arbres qui les accompagne qui les traverse, peut-être même à leur insu. Se laisser traverser par cela, le laisser passer entre les mailles de l’égo, petite chose naïve qui tente d’en attraper l’essence. Se laisser pénétrer, avec confiance, le reste ne dépendra pas de nous, en cela il n’y a rien à attendre. 

Continuer, continuer, toujours, inlassablement, avec l’opiniâtreté du bonheur. Se laisser porter et animer par cela, paisiblement. 

                            Michel 

  • Kanteki … Haï … Onegaï shimasu … Arigato gozaïmashita … Haï …

Un rythme de la relation dans le dôjô dans la montagne japonaise. La relation entre celui qui demande et celui qui ramasse. Une relation qui perdure jusqu’à ce que celui qui ramasse soit revenu dans le shajo, et au-delà…

 

le pas de tir du kyudojo
le pas de tir du kyudojo de la montagne

Jusqu’au dernier instant avant le départ, je suis resté dans le mystère de ce voyage, incapable d’imaginer les sons, les odeurs, les lieux, les couleurs, les gens, les rues. Tous mes repères perdus, incapable de me projeter. Alors on laisse aller, on verra. Avec un rien d’appréhension, en me disant, le groupe sait, Bernard sait.

Alors, en arrivant, tous les sens aux aguets, à l’affût du moindre indice qui va permettre un peu de lever le mystère, apparait une attitude de fond, une attention répétée mais consciente, dans le salut, dans le remerciement, dans les gestes. Le temps n’a plus la même dimension ; il s’allonge et se rétrécie à la fois. Le ohayo gozaïmasu a une durée dans le temps, le arigato gozaïmasu persiste dans l’air. Ils ont une durée, une existence dans le temps.

Ce n’est pas protocolaire, ce n’est pas un code, c’est surprenant mais c’est bénéfique. C’est indispensable. Cela devient naturel sans devenir un réflexe, un geste inconscient. Bien au contraire, on aime ce moment.

l'intérieur du dojo

De retour en France, cet instant discret disparait de l’ambiance générale. Un vide s’installe, je désire garder ce moment si précieux mais je n’ai pas toujours le retour. Mon attitude surprend quand mon interlocuteur est attentif. Je souris, cela ouvre tellement de portes. Presque comme une récompense.

Alors comment le garder avec moi ici, tous les jours ? La pratique, le yumi. Oui. La pratique guide la vie. Elle est le fond qui focalise l’attention consciente. Il « suffit » de faire, c’est facile, se rendre compte, être dans l’instant avec la personne et soi-même.

Mais le projeter dans la vie de tous les jours ? Oui, encore plus. Alors depuis notre retour, je m’y emploie. C’est difficile, c’est fatiguant, car l’effort d’attention est réel et demande de l’énergie. Se rendre compte que l’on a oublié, … aussi voire encore plus. Mais cela fait partie de la pratique et c’est quelque chose qui me plait. La facilité au Japon car il y est installé devient une pratique consciente ici.
Tanoshii.

contents de faire une pause dans la récolte et l'entreposage du riz

Kanteki … Haï … Onegaï shimasu … Arigato gozaïmashita … Haï …

                                           Patrice

 

  • Quinze jours déjà .. Je repense à ce voyage, et les images passent comme dans un rapide diaporama : 
         les gens qui traversent une grande artère à Tokyo en gardant leurs distances,
         les voyageurs qui attendent patiemment dans les lignes dessinées sur le quai,
         quelques belles dames en kimono qui marchent à petits pas,
         le héron dans le canal en plein coeur de Kyoto,
         l'infinie beauté des temples de la ville, avec  une seule envie : s'y arrêter...
         et le coeur de ce voyage, entre rizière et dojo.
    C'est ce coeur du voyage qui nous permet d'échapper au statut de "touriste". Mais au fil des jours, je me suis rendue compte qu'il n'y avait rien à craindre des stéréotypes que véhiculait ce mot. Chaque lieu, chaque expérience a apporté sa réalité, à confronter avec "l'entendu-dire" : 
    Dans le quartier d'Asakusa à Tokyo , goûter le premier "dorayaki" : sera t il aussi bon que ceux de Tokue dans le film de Naomi Kawase?
    Dans ce restaurant "chic", découvrir l "ochazuke", (la "cuisine des restes" disaient les livres de cuisine...) 
    Et dans chaque temple , chaque parc, les jardiniers "armés", le mot est mal choisi... munis de ces petits balais en paille de riz, balayant la mousse ou l'allée avec attention...
    Et les personnes âgées,  courbées souvent , dont on essaie d'imaginer le passé , comme la dame du Ryokan de Kyoto.
    "Attention" est le mot qui me vient à l'esprit en évoquant   tous ces instants,  ces personnes entrevues.
    Non pas  "l'attention" devant un danger, mais l'attention qui fait grandir, comme dans le regard que le senseï  pose sur mes gestes empêtrés  et qui a été pour moi une  aide à trouver place.
    Et s'il est un moment  à citer encore, c'est  la visite chez le facteur d'arc... est-ce le mot juste? facteur d'arc?  comme on est "facteur de clavecin?
    Un seul mot vient à l'esprit : "ça décoiffe"! une bourrasque, une voix qui vous bouscule...

    maitre facteur d'arc en train de mettre en forme le lamellé-collé avant son séchage définitifL'énergie qui émane de cet homme , ce qu'il nous montre de son art, fait changer mon  regard sur cet objet, disons même que l'arc alors change de statut, n'est plus juste un "objet" avec un prix qui ferait plus ou moins froncer le sourcil....Le lien avec le "matériel" prend un nouveau sens.
    Que les arcs ne deviennent jamais silencieux, qu'ils continuent de chanter, c'est ce que je leur,  je nous souhaite.

                                                   Marianne          

  • Japon, pays poétique et mystérieux.
     
    Aux villes, très denses, qui ne connaissent ni bousculade ni agitation.
    Pas un bruit, pas un cri ne rompt le doux brouhaha.
     
    Aux campagnes dont la végétation généreuse laisse surgir quelques toitures courbées. Parsemées, les rizières sont en petites parcelles, noyées ou asséchées, aux épis dressés, mis à sécher ou récoltés selon la saison.
     
    Nous pratiquons face aux montagnes.
    Il me semble que, ici, tout est délicatesse, finesse et secret.
                            
                        Stéphane
voici le petit groupe des pratiquants partageant cette belle aventure, ici devant le restaurant du Ryoan-ji à Kyoto
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    Tour à tour

    Ils revînmes  du berceau de nos arcs bien remplis et un peu chamboulés.

    Quelques effluves touristiques, bien que hors programme, se propagèrent

    par chargement de photos exotiques ou de conversations mondaines. 

    La session suivante  fut studieuse et juste très légèrement teintée des couleurs du voyage. Transmission timide, ainsi va le manège de nos habitudes encore incontournables des « quant à soi ».

    Ce pays qui nous a accueilli est mouvement, écoulement et même si la verticale et l’horizontale se côtoie dans une complicité généreuse et mystérieuse, la diagonale donne vie et vivacité. Cela fait différence avec les symétries implacables de notre monde occidental. 

    La fluidité de ces « nanamé » invente la spirale montante. 

    Nous pourrions la reconnaître et  s’en imprégner dans l’étude de notre tir. 

    Le « ALLONS VERS » baigne la pratique.

    Le « COMPRENDRE » n’est plus ici d’actualité.

    Le « FAIRE ENSEMBLE » est la vague du groupe.

    Le « SE LAISSER FAIRE » devient la connaissance. 

    Le tout donnerait brillance à nos yeux et à notre peau. 

    Bernard